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JUAN BRANCO : UN VILAIN PETIT CANARD DÉCHAÎNÉ ?

Janvier 2019

, par l’incongru


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Lundi 21 janvier 2019 à quelques encablures des avatars d’une société qui tente de se débarrasser de ses prédateurs :

Une soirée de vieux militants
Sur les hauts de Ménilmontant.
Comme dans un spectacle haletant,
Des cheveux de plus en plus blancs,
Un peu plus longs
Que de raison,
Attendaient Juan.

La musique était bonne. Avec toujours en écho un pénible chargé de mission du PT ou de LO qui te casse les oreilles avec les complots du grand Capital, mais ça devait faire partie du spectacle sans doute. Si tu passes par là tu le reconnaitras avec aisance, il n’est pas là pour débattre ou convaincre mais pour convertir à grands coups de litanies qu’il récite imperturbable.

Donc, un échange d’une heure environ avec Daniel Mermet de Là-bas si j’y suis, Alexis Corbière député de la France Insoumise et Juan Branco penseur et accessoirement avocat de Julien Assange. Sur la place publique Juan Branco est attaqué de toute part dans le but de le faire taire, l’affaire est entendue, son discernement et l’émergence de son expression publique sont de toute évidence à l’origine d’un interminable combat. Par ses pairs qui ont tenté de le biberonner aux pages roses du Figaro, le bizut retors sera traité non plus en ennemi mais en traître. Des procès en intention lui sont faits, une députée LREM, Aurore Bergé soutien sans faille de Fillon et adhérente à l’UMP à 16 ans, pour résumer la hâte de vieillir mais sans « le blé en herbe », pousse l’ignominie jusqu’à alerter un procureur sur la façon dont Branco arme la pensée subversive par des appels à la violence. Dans ce domaine, nous avons l’expérience de la vertu qui se dissimule derrière la noblesse de robe au service de l’exécutif. Selon toute vraisemblance il n’échappera pas non plus aux accusations d’homophobie, d’antisémitisme ou de pédophilie, tout comme celui qu’il défend fut un temps accusé de viol.

Du coup il sort de ses gonds, il se bat et invective poliment pour l’occasion la direction de la CGT ou la FI en leur reprochant de ne pas s’être ralliées au mouvement des gilets jaunes, ce qu’il qualifie pour ainsi dire de faute historique et sociale prenant ainsi le risque de s’attirer les foudres des dernières caricatures d’un monde finissant. Corbière et Filoche, autre poids lourd toujours au fait ou dans le sillage des bouillonnements sociaux, expriment leur désaccord et lui assurent que rien ne peut se faire sans les syndicats ou les partis politiques, alors que l’histoire en marche vient de leur démontrer le contraire. Branco ne démord pas, il persiste et signe tout en n’ignorant pas que ces compères appartiennent au système et surtout en vivent ou en ont vécu, alors que lui a été obligé de réclamer le RSA pour survivre. Pour les chiens de garde où qu’ils se nichent, ce jeune et joli vilain petit canard semblait donc bien sympathique tant qu’il ne dérangeait pas l’entre-soi et que ses engagements politiques étaient somme toute assez protocolaires. Quant à ceux qu’il pointe du doigt pour avoir laissé passer l’histoire sans y engager leurs forces sous prétexte de ne pas se faire accuser de récupération, l’incongru les soupçonne tout simplement d’avoir eu la crainte de prendre en marche un soulèvement populaire dont l’issue risquait de remettre en cause le système qui les nourrit et a fortiori mettre en péril leur propre existence.

On peut néanmoins se surprendre à rêver d’un sursaut de lucidité en faveur d’une convergence des luttes mais qu’importe, puisque Juan Branco nous montre le chemin empruntons-le et faisons, ne serait-ce que pour quelques temps, de la confrontation à la violence des criminels autoproclamés notre mot d’ordre et notre raison d’être. Faisons vaciller le fameux système qui au fond ne repose que sur un agglomérat d’opportunistes craintifs et lâches dont l’éphémère stratégie consiste à mettre leur force en commun à un moment favorable de l’histoire afin de spolier le monde et d’en exploiter sans honte ni limites les richesses existantes ou produites. Car c’est devenu au fil du temps et de la démission intellectuelle une attitude assez symptomatique, presque une marque de fabrique qui prévaut dans ce que l’on peut appeler les niches à oligarques, que de s’emparer simultanément du pouvoir économique et des pouvoirs médiatique et politique. Les structures ainsi échafaudées semblaient inébranlables à un point tel que les architectes continuent leurs laudations même pendant et après l’effondrement.

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Faut-il sans cesse le marteler quitte à sombrer dans la paraphrase ennuyeuse, le pouvoir, et c’est son talon d’Achille, a besoin de l’adhésion de la masse, de la croyance en ses vertus protectrice et bienfaitrice, ce qui nécessite en permanence l’alimentation des angoisses, de la peur avec sa cohorte de haines entretenues envers d’hypothétiques ennemis, voire des envahisseurs, la détestation de l’altérité et par conséquent l’obsession permanente de déclencher le réflexe de masse qui consiste à chercher sa protection et à s’agglomérer au sein d’une communauté, d’une nation ou autour d’un symbole qu’il alimente. L’arme principale du pouvoir est le langage et en particulier l’usage singulier qu’il fait du mensonge. Il ne faut donc ni l’écouter, ni débattre avec lui.

Quant aux rebelles insoumis, c’est-à-dire ceux qui ne veulent rien entendre, qui ouvrent les yeux et refusent de s’agenouiller, les minoritaires et les marginaux avec des cheveux longs et gras, les radicaux avec des cagoules sur la tête et des pavés dans les mains, les volubiles avec la pensée sous les cheveux, ils sont utilisés pour agréger les craintes et justifier la répression. Le pouvoir s’emploie donc à les enfermer dans un imaginaire subversif menaçant et à les juguler.

Alors oui, quand la souffrance subie fait offense à la dignité, quand la colère monte et que la révolte gronde, le caractère subjectif de la violence produite doit être mesuré au regard de celle qui est infligée et non pas comme si les évènements se déroulaient isolément sans faire partie de l’histoire. Et alors il arrive que les rebelles deviennent incontrôlables…

De Podemos® aux Nuits Debouts® en passant par Syriza®, le Printemps Arabe®, les Indignés® ou les Gilets Jaunes®, et pardon pour ceux que j’oublie ou que j’écorne, tous me font penser à ces radeaux de réfugiés qui s’élancent en Méditerranée sans rame, ni moteur, avec l’ardent désir d’accoster un jour sur une terre qui ne les fera plus souffrir. Comprendre la raison de ces aventures qui démêlent l’espoir du désespoir, c’est déjà partager la substantifique moelle de l’humanité et rêver qu’un jour tous les vilains petits canards deviendront des cygnes resplendissants… Mais à quoi bon soliloquer ! Puisque le fond de l’air est jaune, battons-nous en espérant la métamorphose !

Si (R. K.)
 
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
 
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
 
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
 
Sans un geste et sans un soupir ;
 
-
 
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
 
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
 
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
 
Pourtant lutter et te défendre ;
 
-
 
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
 
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
 
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
 
Sans mentir toi-même d’un mot ;
 
-
 
Si tu peux rester digne en étant populaire,
 
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
 
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
 
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
 
-
 
Si tu sais méditer, observer et connaître,
 
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
 
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
 
Penser sans n’être que penseur ;
 
-
 
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
 
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
 
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
 
Sans être moral et pédant ;
 
-
 
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
 
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
 
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
 
Quand tous les autres les perdront,
 
-
 
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
 
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
 
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
 
Tu seras un homme mon fils !

TENTATIVE DE DESCRIPTION D’UN DINER DE TETES A PARIS-FRANCE, PAR JACQUES PREVERT.(extrait)

Ceux qui pieusement…

Ceux qui copieusement…

Ceux qui tricolorent

Ceux qui inaugurent

Ceux qui croient

Ceux qui croient croire

Ceux qui croa-croa

Ceux qui ont des plumes

Ceux qui grignotent

Ceux qui andromaquent

Ceux qui dreadnoughtent

Ceux qui majusculent

Ceux qui chantent en mesure

Ceux qui brossent à reluire

Ceux qui ont du ventre

Ceux qui baissent les yeux

Ceux qui savent découper le poulet

Ceux qui sont chauves à l’intérieur de la tête

Ceux qui bénissent les meutes

Ceux qui font les honneurs du pied

Ceux qui debout les morts

Ceux qui baïonnette… on

Ceux qui donnent des canons aux enfants

Ceux qui donnent des enfants aux canons

Ceux qui flottent et ne sombrent pas

Ceux qui ne prennent pas Le Pirée pour un homme

Ceux que leurs ailes de géant empêchent de voler

Ceux qui plantent en rêve des tessons de bouteille sur la grande muraille de Chine

Ceux qui mettent un loup sur leur visage quand ils mangent du mouton

Ceux qui volent des œufs et qui n’osent pas les faire cuire

Ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de Mont-Blanc, trois cents de Tour Eiffel, vingt-cinq de tour de poitrine et qui en sont fiers

Ceux qui mamellent de la France

Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas pour

ceux qui travaillent dans la mine,

ceux qui écaillent le poisson

ceux qui mangent de la mauvaise viande

ceux qui fabriquent des épingles à cheveux

ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres boiront pleines

ceux qui coupent le pain avec leur couteau

ceux qui passent leurs vacances dans les usines

ceux qui ne savent pas ce qu’il faut dire

ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait

ceux qu’on n’endort pas chez le dentiste

ceux qui crachent leurs poumons dans le métro

ceux qui fabriquent dans les caves les stylos avec lesquels d’autres écriront en plein air que tout va pour le mieux

ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire

ceux qui ont du travail

ceux qui n’en ont pas

ceux qui en cherchent

ceux qui n’en cherchent pas

ceux qui donnent à boire aux chevaux

ceux qui regardent leur chien mourir

ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire

ceux qui l’hiver se chauffent dans les églises

ceux que le suisse envoie se chauffer dehors

ceux qui croupissent

ceux qui voudraient manger pour vivre

ceux qui voyagent sous les roues

ceux qui regardent la Seine couler

ceux qu’on engage, qu’on remercie, qu’on augmente, qu’on diminue, qu’on manipule, qu’on fouille qu’on assomme

ceux dont on prend les empreintes

ceux qu’on fait sortir des rangs au hasard et qu’on fusille

ceux qu’on fait défiler devant l’Arc

ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier

ceux qui n’ont jamais vu la mer

ceux qui sentent le lin parce qu’ils travaillent le lin

ceux qui n’ont pas l’eau courante

ceux qui sont voués au bleu horizon

ceux qui jettent le sel sur la neige moyennant un salaire absolument dérisoire

ceux qui vieillissent plus vite que les autres

ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l’épingle

ceux qui crèvent d’ennui le dimanche après-midi parce qu’ils voient venir le lundi

et le mardi, et le mercredi, et le jeudi, et le vendredi

et le samedi

et le dimanche après-midi.


Nous écrire pour nous insulter

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