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RETOUR DE MANIVELLE

Mars 2014

, par l’incongru


Comme exceptionnellement il pleuvait sur Paris, surtout depuis que la gauche est au pouvoir, et profitant de l’intermède accordé par Jean François Copé entre deux de ses pitoyables esbroufes, l’incongru est allé trouver un peu de réconfort dans les salles désertifiées des cinémas d’arts et d’essais. Il est vrai que face au talent précoce de nos psychopathes Allen ou Polanski, dont les vies privées luxurieuses continuent d’occuper le paysage audiovisuel même lorsque leur kitsch cinématographique vient à faire défaut, le sort réservé aux quelques-uns qui essayent encore de promouvoir la culture au sein des salles obscures est très précaire. En général, aux premiers tours de manivelle lors de la séance de 11h, l’espace est presque vide et bizarrement les quelques rares spectateurs qui s’y infiltrent se saluent, voire se parlent. Alors, en quête d’une ultime confirmation que le désespoir a bien envahi notre univers et toujours à la recherche d’un peu de noir à broyer, l’incongru s’est donc résolu à assister à la projection du documentaire de Jean-Pierre Duret : « SE BATTRE »

De cette misère sociale qui nous entoure et que l’on dissimule, le réalisateur a su extraire ce qu’aucune charité bien ordonnée ne saura fournir ou comprendre : la beauté et la lucidité. Certes, pour des raisons de survie, la plupart des acteurs se voient contraints de s’adresser aux organisations caritatives pour surnager mais c’est pour mieux se libérer un espace de dignité incommensurable. Très souvent, l’apathie provoquée par l’accumulation des souffrances masquées induit des comportements qui alternent entre la lutte et la résignation. La révolte des gueux est d’ordinaire le fait d’une classe moyenne ou aisée et la classe dirigeante apprend à ses dépens que le ferment des émeutes de sans espoirs naît d’un effondrement total des moyens de subsistance. Aussi, les différents gouvernements des démocraties occidentales canalisent la paupérisation en distillant l’espoir dans un labyrinthe de démarches stériles accompagnées d’une myriade de mesures sociales censées atténuer les souffrances. Personne n’est dupe, mais chacun pense pouvoir s’en sortir isolément. Le désespoir n’est jamais total.

Ce documentaire rompt avec l’image du chômeur volontaire et les colportages sur les perpétuels assistés qui auraient indubitablement choisi leur condition. La séance s’ouvre sur un ring et la beauté éclatante d’un éphèbe au combat que les parents voudraient bien voir travailler en usine. Eux pensent salaires, lui rêve d’être un jour repéré et de décrocher un trophée. Le film est constitué de séquences assez courtes mais instructives sur l’évolution et le ressenti des acteurs dévoilant leur vraie vie sans pesanteur, ni récriminations. Le sentiment général est que l’individualisation des situations n’ouvre aucune perspective de résolution collective. Chacun se raccroche à une structure, sollicite une aide mais aucun n’éprouve le besoin de contester le système ou ne sait comment s’associer pour être plus fort. La solidarité est pourtant très active qui va de l’employé d’EDF qui relie la famille du squat illégalement à l’électricité aux retraités qui redoublent d’énergie pour manutentionner les victuailles glanées dans les usines du consumérisme. Mais on retrouve donc dans un domaine effectivement beaucoup plus contraignant, le schéma identique aux comportements de couches sociales moins défavorisées, pour rester dans la litote. Ce documentaire s’achève sur un désir d’évasion vers un ailleurs qui ne sera probablement pas très loin d’ici, comme pour mieux signifier l’enfermement dans lequel les ont conduits les traumatismes successifs.

Mais les plus marquants sont certainement ces deux cassés de la vie en couple depuis 30 ans et qui rigolent tous les matins, parce que le reste de la journée ne leur apportera aucune surprise. Comme une fatalité liée à leurs origines, ils se revendiquent enfants de la DASS et donc voués dès leur plus jeune âge à vivre avec les stigmates du rejet. Nés sans désir, abandonnés sans ménagement, recueillis sans promesse d’avenir, ils en ont donc conclu que ce sort leur était réservé et s’en sont accommodés. Lui, une dégaine mi Coluche, mi rocker, elle, cosette édentée et maigrichonne, tous les deux voudraient bien qu’on leur propose un travail, mais rien n’y fait, l’exclusion à ce niveau est irréversible. Alors à deux, ils savent qu’ils croiseront au moins un regard dans la journée.

Pour les êtres lucides, ce documentaire ne révèle rien mais a le mérite de dérouler la tragédie qui se joue derrière les écrans de fumée et de la porter sur les fonts baptismaux de l’histoire contemporaine dont nous n’avons aucune raison d’être fiers. Visiblement le point de bascule qui nous fera verser dans un monde de bon sens n’est pas encore atteint. En attendant ce jour, l’incongru s’est réveillé ce matin du 24 mars dans un monde qui a basculé dans l’exclusion et la xénophobie. Un retour de manivelle certes prévisible mais toujours aussi insupportable.

« Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir »

A Eddy.
 
On ne révèle pas
Tout ce qui ne va pas.
On ne dit pas assez
Ce qui n’ira jamais.
 
Les hommes politiques
Ne se meuvent qu’en T.O.C.
Et en guise d’éthique
Ne tiennent que la toque.
 
En tout bien tout honneur,
Ils nous font vraiment peur
Et pour certains d’entre eux
Nous prennent pour des gueux.
 
Mais vous n’êtes pas sots
Vous vous tenez au loin
Et vous criez haro
Quand la canaille vient.
 
Pour ceux qui ont du flair,
Il y a le salaire.
Pour ceux qui n’ont qu’un nez,
Il leur faut s’habituer.
 
La guenille ne fait vivre,
Mais elle cache la misère
Et ceux qui croient en rire
Seront un jour en hère.
 
L’homme doit être craint.
Veaux, moutons ou poulets,
S’il leur fait tant de bien,
C’est pour les mettre au mets.
 
Nous pataugeons beaucoup.
Pour si peu de bonheur
Nous voilà tout à coup
Aux portes de la peur.
 
J’aurais aimé vous dire,
S’il en est encore temps,
Tout ce qui m’a fait rire
Ne fût-ce qu’un instant.
 
Mais il est un peu tard,
Et Monsieur L’incongru
De cette grande mare
Est sorti tout fourbu.
 
A la lisière des rêves,
Nous voici désormais
Comme dans une trêve
Pour un monde tant aimé.
 
Et ceux qui n’ont plus rien
Comme une force en eux
Vous diront que demain
Seront les jours radieux
 
Car la rage de vivre
Repoussera c’est sûr
Un jour la peste brune
Qui vient souiller nos murs.
 
L’incongru n’écrit pas
Dans l’espoir d’être lu.
Mais si ça vous a plu
Il recommencera.

Nous écrire pour nous insulter

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